Thomasine GIESECKE

Du visible à l’indivisible: le VERRE dans tous ses éclats

Je cherche à dévoiler la sensualité brute du verre, la discrète présence des lignes et le dépoli du chant de la découpe au jet d’eau ; la douceur d’une tranche illuminée par le polissage et le double jeu de la lumière diffractée, oscillant entre révélation et dissimulation.

Sculpteur et Designer franco-suédoise, mes réalisations établissent des liens entre les domaines éloignés que sont l’Art et l’Industrie. Ces recherches donnent naissance à des pièces uniques, utilisant parfois des procédés industriels complexes. L’intérêt que je porte aux outils industriels – en tant que nouveaux moyens de production de pièces originales, aux formes très précises-, en fait, l’une des sources vives de mon imaginaire.

Je travaille à des échelles variables, du minimal au monumental, et dans des domaines aussi éclectiques que la création de bijoux, de mobiliers ou de sculptures de toutes tailles.

A chacun des projets mis en œuvre correspond un nouveau mode de travail spécifique où le verre constitue un fil d’Ariadne, et ce depuis que j’ai découvert ce matériau fascinant en 1993, lors de mes études à l’Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg.

C’est là que je découvre l’atelier verre. Un endroit atypique, une activité « exotique » : moquette vert intense sur les tables, ambiance lumineuse saturée de néons où évoluent une majorité d’étudiants asiatiques.

Je franchis ce miroir tant matériel que symbolique, et qui révèle un monde nouveau où mes repères sont bouleversés. L’effet est fulgurant, une révélation dans tous les sens du terme : une passion me naît pour ce matériau que je ne comprends guère et qui me fascine.

Depuis, je ne cesse de l’éprouver, de le manipuler, de l’expérimenter de toutes sortes de façons : je brise, je colle, je colore cette matière qui m’obsède jusqu’au vertige. Il y a là une part de défi, un face à face intime en manière de « bras de verre » avec ce matériau à l’abord dur et froid… Dur, certes, mais si troublant dans ses aspects discrets.

Je découvre la tranche du verre, ses paysages invisibles en territoires microscopiques, sans cesse révélés au mouvement lumineux. Je me concentre sur cette zone de rupture secrète du matériau et en abandonne les aspects visibles, le brillant et le clinquant, si facilement séduisants. Je choisis une autre voie, un accès par la faille. Par le polissage, j’en apprivoise le fil tranchant jusqu’au velours. Je m’absorbe dans le processus de dévitrification, lorsque le verre descendu en température se voile irrémédiablement, sans plus jamais atteindre la transparence académique. Je provoque, joue, et compose de cette opacité. Je détourne le simple usage du silicone, qui de colle devient motif, instrument graphique.

Mes créations ont pour objectif d’apporter une réponse pertinente à des questions originales, en tissant des ramifications entre plusieurs matériaux et processus de travail, abolissant ainsi les frontières entre les disciplines.

PARCOURS ET FORMATION

1989–1990

Titulaire d’un bac de Sciences Economiques et sociales —  sans affinité particulière pour cette discipline et l’univers auquel elle se réfère — j’enchaîne naturellement sur des études en Sciences Humaines pour étudier la psychologie, la sociologie et la philosophie…

A l’issue de cette année universitaire, je recherche du travail dans le domaine de la décoration d’intérieur. J’avais déjà travaillé en job d’été chez Madura, et le monde de la décoration m’avait séduite. J’étais particulièrement intéressée par les tissus de créateurs, notamment ceux de Robert Le Héros. Je travaille 6 mois chez NOBILIS International, rue Bonaparte, Paris 6ème. Vente de tissus, papiers peints et mobilier de luxe.

1990–1992

Je m’inscris en prépa à l’ESAG (Met de Penninghen), afin d’acquérir un niveau acceptable en dessin, discipline que je n’avais jamais pratiquée. Cette phase préparatoire dure 2 ans, à l’issue desquels je présente les concours d’accès aux écoles d’Art de Strasbourg, avec le souhait de me former à l’illustration.

1993–1998

Je suis reçue à l’Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg (ESADS). Les enseignements, regroupés en tronc commun sur les 2 premières années, me permettent de découvrir d’autres techniques artistiques, telles que la photographie, la sculpture, le moulage…

La deuxième année ouvre à une pré-spécialisation, par le biais d’un atelier choisi pour une journée par semaine durant 1 trimestre. L’atelier d’illustration auquel je me destinais étant complet, je me tourne vers l’atelier verre.

J’effectue ma 3ème année au sein de cet atelier et passe mon diplôme de fin de 3 ème année pour valider un premier cycle d’étude. Mon amour du verre m’en vaut un refus, le jury me trouvant trop fermée au reste des matières.

Je passe ensuite en design, retrouvant là une forme de liberté tout en conservant un lien précieux avec l’atelier verre. J’obtiens cette fois mon diplôme avec les félicitations du jury, le design m’a permis une grande ouverture sur tous les ateliers (bois, terre, verre, objets…).

Je passe en 4ème, puis en 5ème année, sous couverture officielle du design… Officieusement, je passe beaucoup de temps à l’atelier verre. Je ne présente cependant pas une réalisation en verre pour valider mon diplôme de fin d’études (DNSEP), mais un meuble à transformation en bois, papier et nomex, matériau utilisé dans l’aérospatiale qui m’attire par ses performances techniques.

1998–2000 : PARENTHÈSE

Les 2 années suivantes, ma situation personnelle me contraint à travailler dans d’autres domaines, loin de ma prédilection artistique. Je deviens notamment coloriste pour plusieurs dessinateurs de BD mais poursuis la conception d’objets et de meubles design que je ne parviens pas à faire éditer mais qui seront distribuées en série limitée dans une boutique parisienne de déco, BUZZ, avec des lampes tactiles réalisées en collaboration avec Xavier Houy, Designer.

Depuis 2001

Ma rencontre avec le design et le verre aboutit à des réalisations multiples et éclectiques. Les projets mis en œuvre me permettent de générer de vraies collaborations de recherche avec le monde industriel et artisanal.

Les processus employés dans mes créations sont à la charnière entre tradition et modernité puisqu’uniques et issues tantôt de procédés manuels (soufflage et travail au chalumeau..), tantôt de technologies de pointe (découpe au jet d’eau, modélisation 3D, assemblage de grands volumes…)

Ma démarche artistique est en cela assez proche de la recherche fondamentale où tous les domaines de compétence sont convoqués pour aboutir à la genèse d’une nouvelle forme dont l’aboutissement naît d’un véritable dialogue avec l’industriel. Les partenaires sont ainsi amenés à repenser leur mode de fabrication habituel pour une nouvelle application artistique.

Contact

22 bis, rue de la Bourgogne
92190 Meudon
Tél. +33 (0)6 50 14 69 38

thomasine@thomasinegiesecke.com
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